
postée le 20 décembre 2005
La France est le troisième consommateur mondial de pesticides, et le premier en Europe. Devant cette surconsommation évidente d’intrants d’origine chimique dans l’agriculture conventionnelle, l’INRA, institut national de la recherche agronomique, a mené une enquête sur l’utilisation des pesticides et les moyens d’en réduire la consommation.
Cet ouvrage est riche d’enseignements. Pour ceux qui croiraient encore que l’agriculture conventionnelle est traditionnelle et sans effet sur l’environnement, nous conseillons la lecture de ce rapport, commandé par les ministères de l’agriculture et de l’environnement français.
Les céréales qui représentent 24% de la surface agricole utilisée consomment 40% des pesticides dans notre pays. De même, la vigne, pourtant bénéficiant d’une image « naturelle », en consomme 20% alors qu’elle ne représente que 3% de la surface agricole utilisée. Le blé conventionnel est ainsi traité 6,6 fois par an en moyenne, le colza 6,7, le maïs 3,7 fois par an ! La vigne est traitée une vingtaine de fois par an, les pommiers près d’une trentaine de fois si on additionne fongicide et insecticides.
Le rapport reconnaît que le manque d’informations sur les pesticides utilisés rend impossible d’en mesurer les effets sur l’environnement ! Pourtant, avec les pulvérisations, l’INRA estime que 10 à 70% des produits n’atteignent pas leur cible et se répandent dans l’air, la terre et l’eau. Et des résistances se sont développées à ces produits dès leur introduction massive dans les années 70.
D’autres pays européens ont adopté des politiques actives de baisse de la consommation de pesticides dans l’agriculture conventionnelle comme les Pays-Bas et le Danemark. Ainsi, le rapport reconnaît qu’au niveau européen, « la France apparaît bien comme un pays faiblement engagé dans les formes d'agriculture raisonnée et biologique ». Pourtant, notre pays possède une culture des patrimoines agricoles qui devrait le pousser à s’adapter à la demande des consommateurs en faveur de moins de risques phytosanitaires, au principe de précaution intégré dans notre constitution ainsi qu’à l’évolution de la politique agricole commune vers une plus forte prise en compte des aspects environnementaux.
Le rapport préconise ainsi pour réduire la consommation de pesticides d’envisager une réglementation plus contraignante sur l’écotoxicité des produits, des politiques d’incitation fiscale (plus de taxes sur les produits polluants), des subventions fonction du niveau d’utilisation des pesticides et le développement de la recherche au service de la réduction de leur utilisation.
En attendant que ces bonnes résolutions soient un jour mises en place, nous avons le pouvoir en tant que consommateur de refuser d’empoisonner la terre, l’air, l’eau et notre santé en refusant de consommer des produits conventionnels et en orientant notre préférence vers les produits bio.
Pensez-y en préparant vos fêtes… qu’on vous souhaite très bio !
les résultats de l’enquête de l'INRA